Écrans avant 2 ans : pourquoi l'OMS le déconseille et quelles sont les alternatives
L'OMS recommande zéro écran avant 2 ans en raison de son impact sur le développement de l'enfant. Nous vous expliquons ce que dit la science et quelles alternatives fonctionnent à la maison.

Si vous avez un bébé à la maison, il vous est sûrement arrivé ceci : vous êtes en train de cuisiner, votre enfant pleure, et la tentation de lui mettre une vidéo sur le téléphone est énorme. Il n’y a pas de mal à l’admettre. Mais il est utile de savoir ce que disent les organismes officiels sur l’usage des écrans pendant les deux premières années de vie, car les données sont assez claires.
Dans cet article, vous découvrirez ce que recommande exactement l’Organisation mondiale de la santé (OMS), pourquoi elle le recommande, ce qu’il en est des visioconférences et quelles alternatives concrètes existent lorsque vous avez besoin de cinq minutes pour respirer. Sans culpabilité ni alarmisme.
Ce que dit l’OMS sur les écrans avant 2 ans
En avril 2019, l’OMS a publié sa première directive sur l’activité physique, la sédentarité et le sommeil des enfants de moins de 5 ans. Ce document était pionnier car, jusque-là, il n’existait pas de recommandations officielles spécifiques sur le temps d’écran chez les bébés.
La recommandation est directe :
- Enfants de moins de 1 an : 0 minute d’écran. Aucune.
- De 1 à 2 ans : l’idéal est 0 minute. En cas d’exposition, jamais plus d’1 heure par jour, et le moins possible.
- De 2 à 4 ans : maximum 1 heure par jour d’écran sédentaire.
L’OMS parle d’« écran sédentaire » : télévision, téléphone, tablette ou tout appareil que l’enfant regarde de façon passive. Elle le compare à d’autres formes de sédentarité, comme rester trop longtemps dans le siège de poussette ou la chaise haute. Les deux posent problème, mais les écrans ajoutent un facteur supplémentaire, car ils captent l’attention du bébé d’une manière qu’un simple moment de calme ne fait pas.
Tableau récapitulatif : recommandations par âge
| Âge | Temps d’écran maximal (OMS) | Observations |
|---|---|---|
| 0-12 mois | 0 minute | Aucune exposition recommandée |
| 1-2 ans | 0 minute (idéal) ; 1 heure maximum | Moins, c’est mieux |
| 2-4 ans | Maximum 1 heure par jour | Contenu de qualité et accompagné |
| À partir de 5 ans | Selon le jugement de la famille et du pédiatre | Voir les recommandations actualisées de l’AEP |
Si vous souhaitez approfondir les tranches d’âge suivantes, nous avons un guide spécifique sur le temps d’écran par âge selon l’OMS et l’AEP.
Pourquoi l’exposition des bébés aux écrans est préoccupante
Le cerveau d’un bébé se développe à une vitesse qui ne se reproduira jamais au cours de la vie. Pendant les deux premières années, des millions de connexions neuronales se forment chaque seconde, à partir des stimulations de l’environnement : la voix de sa famille, les objets qu’il touche, les odeurs, les mouvements.
Les écrans, de par leur conception, offrent une stimulation intense mais plate. Le bébé regarde, mais n’interagit pas. Il ne sent rien, ne saisit rien, ne répond à personne. Et surtout, il ne reçoit pas la réponse d’un autre être humain, ce qui construit réellement le langage et le lien.
Effets des écrans chez les moins de 2 ans selon les données scientifiques
L’Association espagnole de pédiatrie (AEP) et l’Académie américaine de pédiatrie ont examiné les données disponibles. Les points les plus souvent relevés dans les études sont :
- Retard dans l’acquisition du langage chez les bébés exposés aux écrans plus d’une heure par jour. Une étude publiée dans JAMA Pediatrics (Madigan et al., 2019) a mis en évidence une association entre un temps d’écran plus élevé à 24 mois et un moins bon développement du langage à 36 mois.
- Qualité du sommeil moindre. La lumière bleue et la stimulation perturbent la mélatonine et la routine de repos.
- Diminution des interactions en face à face, qui sont le moteur principal de l’apprentissage à cet âge.
- Difficultés d’attention ultérieures lorsque l’usage est intensif et précoce.
Important : cela ne signifie pas que si votre bébé a regardé 10 minutes de dessins animés, il aura des problèmes. Nous parlons de habitudes d’usage durables, et non de moments ponctuels.
Et les visioconférences avec les grands-parents ?
C’est la question que se posent toutes les familles. L’OMS et l’AEP s’accordent sur ce point : les visioconférences ne sont pas comptées comme du « temps d’écran » au sens problématique. Il s’agit d’une véritable interaction sociale, même à distance. Le bébé voit un visage qui lui parle, lui répond et le reconnaît.
Donc si vous vivez loin de votre famille, rassurez-vous : la visioconférence avec la grand-mère le dimanche n’a rien à voir avec une vidéo YouTube en boucle.
Alternatives à l’usage des écrans chez les bébés
C’est ici que nous devenons concrets. Car dire « n’utilisez pas d’écrans » sans proposer d’options ne sert pas à grand-chose lorsque vous êtes sur les nerfs depuis 6 heures du matin avec un bébé dans les bras.
Pour le bébé de 0 à 12 mois
- Panier aux trésors : un panier bas rempli d’objets du quotidien et sûrs (cuillère en bois, foulard, pomme de pin, grosse éponge). Il les explore bien plus longtemps que vous ne l’imaginez.
- Miroir incassable à sa hauteur. Il peut s’y regarder pendant 15 minutes.
- Tapis d’éveil aux textures variées.
- Raconter à voix haute ce que vous faites : « Maintenant je coupe l’oignon, regarde comme il tombe ». Pour lui, c’est une stimulation du langage de premier ordre.
Pour l’enfant de 1 à 2 ans
- Transvasements avec de l’eau ou des légumineuses dans la cuisine pendant que vous cuisinez. Deux bols et une cuillère. Une demi-heure de concentration.
- Livres en carton avec rabats ou textures.
- Peinture aux doigts sur grand papier ou directement dans la baignoire.
- Jeux d’encastrement et de sortie : une boîte à chaussures avec des pinces à linge à l’intérieur, par exemple.
- Chanter des comptines avec des gestes : les classiques fonctionnent toujours.
Aucune de ces activités ne nécessite d’acheter quoi que ce soit de coûteux. Et beaucoup de familles découvrent qu’une fois l’écran retiré, l’enfant s’occupe seul pendant des périodes plus longues que prévu.
Que faire si vous utilisez déjà des écrans à la maison
Si vous avez lu jusqu’ici et vous dites « à la maison, il regarde déjà des dessins animés tous les jours », respirez. Il ne s’agit pas de vous culpabiliser, mais d’ajuster ce qui peut l’être.
- Réduisez progressivement, et non brutalement.
- Remplacez le moment d’écran par une routine alternative : bain, histoire, musique.
- Évitez les écrans pendant les repas et l’heure précédant le coucher.
- Accompagnez toujours l’écran : commenter ce qui se passe aide à atténuer l’effet passif.
- Pas d’écran dans la chambre du bébé.
Mythes fréquents sur les écrans et les bébés
« Les vidéos éducatives sont bonnes pour son développement. » Rien ne prouve que les moins de 2 ans apprennent d’une vidéo ce qu’ils n’apprendraient pas (mieux) d’une personne. Le phénomène dit de « déficit de vidéo » est bien documenté.
« S’il regarde des dessins animés en anglais, il apprendra les langues plus tôt. » Faux à cet âge. Les langues s’acquièrent par une véritable interaction humaine, et non par une exposition passive.
« Un petit moment sur la tablette ne lui fera rien. » Un moment ponctuel, non. Le problème, c’est l’usage habituel et croissant.
Questions fréquentes
Mon bébé peut-il regarder la télé pendant que je repasse ? Même s’il ne la regarde pas directement, la télévision en fond réduit la quantité et la qualité des mots qu’il entend qui lui sont adressés, et interrompt son jeu. La recommandation est de l’éteindre lorsque le bébé est éveillé dans la même pièce.
Les applications « pour bébés » sur tablette sont-elles sûres ? L’OMS ne fait pas de distinction entre les types d’applications pour les moins de 2 ans : la recommandation reste 0 minute. Qu’une application se dise « éducative » ne change rien à son impact sur le développement à cet âge.
Mon enfant de 18 mois ne mange qu’en regardant des dessins animés. Que faire ? C’est un schéma fréquent et réversible. Vous pouvez le retirer progressivement : d’abord l’éteindre à la fin du repas, puis au milieu, jusqu’à le supprimer. Si le comportement alimentaire vous inquiète, parlez-en à votre pédiatre.
Et s’il va à la crèche où l’on utilise des écrans ? Vous pouvez demander à l’établissement quel usage il en fait. De nombreuses crèches suivent les recommandations de l’AEP et limitent ou évitent les écrans chez les moins de 2 ans.
Les écrans provoquent-ils l’autisme ou le TDAH ? Non. Aucune preuve scientifique n’établit de lien de causalité. Certes, des études associent un usage intensif à des retards de langage et d’attention, mais corrélation n’est pas causalité. En cas de doute sur le développement de votre enfant, votre référent est votre pédiatre.



